Bienvenue


Une femme en chemise bleue, au visage doux et cheveux châtains se déplace dans la ville d’Angers, son centre et sa périphérie. Elle traverse ces territoires, peut-être erre-t-elle un peu, du moins se promène-t-elle, devenue la narratrice solitaire d’un voyage énigmatique et silencieux. L’action se déroulera en une seule journée ensoleillée, mais dans de multiples lieux traversés : zones urbaines ou péri-urbaines; jardins, pont, ou routes ; jusqu’aux parkings immenses d’un centre commercial, ses boutiques, supermarchés, escalators, et cafétérias. Un regard est en marche et nous montre le chemin : dès lors, les images ont une double nature, à la fois portrait d’une jeune-femme déambulant dans une ville et révélation d’une subjectivité, d’une perception du monde.

Il s’agit d’un film aux images suspendues puisque Vincent Ferrané a construit l’ensemble photographique à partir de photogrammes qui sont autant de prélèvements à un ordre séquentiel et fluide. Ces images se chargent ainsi d’un potentiel fictionnel qui tient à leur durée latente et à l’appel à l’imaginaire qu’elles suscitent, ce qui apparaît tout autant dans de courtes séquences vidéos également présentées, telles des blocs de temps en mouvement.

Au fond, qui est cette femme ? Un prénom : Armelle. Cela est à peine suggéré. Poursuit-elle un but ? Attend-elle l’avènement d’un miracle ou plutôt une rencontre bouleversante qui changerait le cours des choses? Quelques signes nous sont donnés, à décrypter comme les indices d’un scénario parcellaire : la tapisserie de l’Apocalypse conservée au Château d’Angers, un oiseau en cristal, un ticket de caisse, ou encore un délicat bracelet posé sur un poignet. Les influences de Vincent Ferrané pour ce projet sont à chercher du côté d’une réflexion poétique et philosophique sur les espaces habités et façonnés pour accueillir des gestes et des fonctions bien précises, les mythologies de notre « surmodernité » ou l’anthropologie des villes nouvelles. Tout cela questionnant nos utopies, puis nos désillusions. Reste alors, comme le personnage, à inventer des chemins de traverse.

Léa Bismuth


Le travail de Vincent Ferrané a été réalisé en collaboration avec Armelle Roncin


Ce projet a été élaboré par le « Fonds de Dotation Casino Immobilier & Développement pour le partage d’initiatives culturelles» qui a notamment bénéficié du soutien de deux principaux partenaires et mécènes, les sociétés Mercialys et l’Immobilière Groupe Casino. Il a été réalisé dans le cœur historique de la ville d’Angers (Maine-et-Loire) et dans le centre commercial Espace Anjou.



Bienvenue

A woman in a blue shirt, sweet-faced, brown-haired, moves about the city of Angers, its centre and its outskirts. She passes through these territories, perhaps she strays a bit, becoming the solitary narrator of an enigmatic and silent voyage. Thus, the action of Bienvenue takes place over a single sunny day, but in many places: urban or suburban; gardens, bridge, roads; a shopping centre’s immense parking garages, shops, supermarkets, escalators, and cafeterias. Through the gaze of this woman the spectator enters these spaces; the photographer follows in her footsteps. The city and its surroundings become a palimpsest, a tangle of intersections and encounters. Vincent Ferrané refers to what the anthropologist Marc Augé calls the ‘non-places’ of ‘supermodernity’: highways, airports, supermarkets, the places we go to for the needs of transport or consumption. But what is a non-place? A place on the margin, a place that doesn’t exist?

That is the question posed here, in every image. One thing seems certain: territories like this, offered to our modern world, are the very opposite of intimacy, the world embodied by the personage of Armelle, she who opens the way to a dreamy and Rousseau-inspired questioning. For in these non-places there reigns the anonymity of the crowd. And against that crowd-background, the photographer gives us a subjective point of reference which is a visual focal point: this personage, Armelle. It is she who reminds us that there is something else, somewhere else, places where, with intimacy recaptured, singularity would be possible and reflection have a meaning.

Armelle has no goal and allows herself to drift, in the style of the Situationists. We must, like her, make this experiment, slow ourselves down. What would happen then? Let us say that a story, any story, would become possible, opening new paths cutting across the old, new scrolls of circulation. In this undetermined wandering, one theme attracts our attention, at once a warning and the invitation to a poetic world: the Tapestry of the Apocalypse. Does this tapestry subtly allow the photographer to prophesise the end of a world, or to glimpse a summons to appeasement through art? In any event, there must be reintroduced, into our relationship with our environment, an existential and fecund dimension.

Through the technique used here, a dilation of time is effected: these are not fixed images, but photograms, caught up from within a sequential and fluid order. They are charged with a potentiality for fiction inherent in their latent duration and their appeal to the imagination, equally apparent in short video sequences like sections of time in motion. From this we can divine the image of a being slipping through the passages of time, like a visit to the museum where Armelle is seen side by side with a statue, symbol of time fixed for eternity.

Léa Bismuth



Crédits


collaboration: Armelle Roncin. armelle.r@gmail.com

commissaire d'exposition: Fannie Escoulen

scénographie et conception graphique livre: Whitepapierstudio et Cyril Delhomme

texte catalogue: Léa Bismuth

impression livre: Manufacture Deux-Ponts